Dans la plupart des villes, des milliers de vitrines, de panneaux d'affichage et d'enseignes restent éclairés la nuit dans des rues désertes. Si ce phénomène a longtemps été perçu comme un symbole de dynamisme économique et de modernité, il suscite de plus en plus de débats aujourd'hui. En effet, face à la crise climatique et à la montée des coûts de l'énergie, une question s'impose : faut-il éteindre les enseignes lumineuses des magasins durant la nuit ?
Les arguments des opposants
Entre économies d'énergie et exemplarité face aux enjeux climatiques, la plupart des acteurs économiques sont conscients des avantages d'éteindre les enseignes lumineuses. Cependant, ils mettent en avant plusieurs réserves.
Tout d'abord, il y a la visibilité et l'attractivité commerciale. Pour de nombreux petits commerçants et grands groupes, elles représentent un outil marketing permanent. Lorsque vous privilégiez l'éclairage pour vos enseignes, même en dehors des heures d'ouverture, il permet de :
- Identifier le commerce ;
- Marquer sa présence dans l'espace public ;
- Attirer l'attention des passants ou des automobilistes.
Ensuite, il y a la question de la sécurité publique. Pour de nombreux commerçants, une rue éclairée serait plus sûre qu'une rue sombre. Cependant, plusieurs études statistiques et expérimentations ne montrent pas nécessairement d'augmentation de la délinquance ou des cambriolages après une réduction de l'éclairage nocturne. Dans certains cas, l'obscurité incite également les automobilistes à ralentir.
L’impact sous-estimé des enseignes lumineuses
La pollution lumineuse altère en profondeur les équilibres écologiques. Tout d'abord, elle entraîne une perturbation de la faune nocturne. En effet, plus de 25 % des vertébrés et 60 % des invertébrés sont nocturnes. Aussi, l'éclairage artificiel désoriente les oiseaux migrateurs, piège les insectes pollinisateurs qui meurent d'épuisement autour des sources lumineuses et perturbe la reproduction des amphibiens et des chauves-souris.
Ensuite, la pollution lumineuse peut également avoir un impact sur la santé humaine. La lumière intrusive peut perturber les rythmes circadiens des riverains et altérer la sécrétion de mélatonine, l'hormone du sommeil. Elle favoriserait donc les troubles du sommeil, le stress et d'autres pathologies cardiovasculaires ou métaboliques.
Enfin, l'excès de lumière contribue à la dégradation des paysages nocturnes et détériore le cadre de vie dans les zones urbaines et périurbaines.
Cadre légal et alternatives
Plutôt que d’interdire totalement l'utilisation des enseignes lumineuses, de nombreuses collectivités s'orientent vers des réglementations ciblées et des solutions technologiques. À cet effet, la réglementation française impose notamment l'extinction des enseignes lumineuses entre 1 heure et 6 heures lorsque l'activité signalée a cessé. Lorsque l'activité cesse durant la nuit, l'enseigne doit également être éteinte au plus tard une heure après la fin de l'activité. Des dérogations peuvent toutefois exister lors de certains événements exceptionnels. Aujourd'hui, l’enjeu réside dans l'application réelle des contrôles et des sanctions pour faire respecter ces règles.
Il existe également des pistes de compromis et d'innovation à explorer. C'est le cas de l’éclairage intelligent ou déclenché par détection. Il s'agit d'installer des détecteurs de présence ou des systèmes de gradation d'intensité qui n'activent un éclairage plus intense qu'au passage d'un piéton ou d'un véhicule.
Par ailleurs, l’encadrement des écrans numériques publicitaires s'avère également indispensable. Ils peuvent être plus énergivores et générer une nuisance visuelle plus importante que les simples enseignes LED.